C’était un soir de semaine pourri, pluie fine, métro bondé comme toujours à l’heure de pointe.
J’étais collée contre la vitre, casque sur les oreilles mais musique à fond pas assez fort pour couvrir les pensées qui tournaient en boucle : boulot chiant, mec qui m’avait ghostée, envie de tout plaquer. J’avais mis une jupe crayon un peu trop moulante et un chemisier fin, rien de ouf, juste ce qu’il y avait de propre ce matin-là.
À la station Châtelet il est monté. Grand, manteau noir ouvert, sacoche en bandoulière, cheveux un peu mouillés par la pluie. Il s’est placé juste derrière moi, pas trop près, mais assez pour que je sente son odeur – genre bois, pluie et un truc masculin qui monte direct à la tête.
Le train a redémarré, secousses, gens qui se poussent. À un moment mon dos a frôlé son torse. J’ai pas bougé. Lui non plus. Puis la main. Discrète, posée sur ma hanche comme pour se retenir à la barre. Sauf que ses doigts ont glissé un peu plus bas, effleuré le tissu de ma jupe, puis sont remontés lentement sous l’ourlet.
J’ai fermé les yeux deux secondes. Mon cœur tapait fort. J’ai pas reculé.
Il a continué. Ses doigts ont trouvé la dentelle de ma culotte, ont suivi la couture, puis sont passés dessous. J’étais déjà humide – la journée avait été longue et frustrante. Il a effleuré mon clito du bout du majeur, un seul petit cercle, puis un deuxième. J’ai mordu ma lèvre pour pas gémir.
Le métro a freiné brusquement à la station suivante. Des gens sont descendus, d’autres sont montés. On est restés là, compressés. Sa main n’a pas bougé. Au contraire, il a enfoncé un doigt en moi, lentement, profondément, pendant que son pouce continuait sur mon clito. J’ai posé ma main sur la vitre pour pas tomber, les jambes qui tremblaient.
Il s’est penché vers mon oreille, voix basse, presque inaudible dans le bruit :
« T’es trempée depuis combien de temps ? »

J’ai pas répondu. J’ai juste poussé mes hanches un peu plus contre sa main. Il a ajouté un deuxième doigt, les a fait aller et venir doucement, en rythme avec les secousses du train. J’ai senti l’orgasme monter trop vite, trop fort. J’ai contracté mes muscles autour de ses doigts, j’ai fermé les yeux, et j’ai joui en silence, le corps secoué contre lui, mordant l’intérieur de ma joue pour pas crier.
Il a retiré sa main doucement quand le train a ralenti pour la station suivante. J’ai rouvert les yeux, essoufflée, les joues brûlantes. Il m’a regardée une seconde, un petit sourire en coin, puis il a sorti un mouchoir de sa poche, s’est essuyé les doigts tranquillement.
Les portes se sont ouvertes. Il est descendu sans un mot, sans se retourner. Moi je suis restée plantée là, culotte trempée, jupe froissée, le goût métallique du sang dans la bouche parce que je m’étais mordue trop fort.
À la station d’après, je suis descendue aussi. J’avais plus envie de rentrer chez moi. J’avais juste envie de sentir encore ses doigts pendant des heures.
Je l’ai jamais revu. Mais parfois, dans le métro, je ferme les yeux et j’attends qu’un inconnu se colle un peu trop près.



