Je t’écris parce que je ne sais plus comment te parler autrement.
Tu es parti il y a sept ans. Pas pour une autre, pas parce que tu ne m’aimais plus. Juste parce que tu étouffais. Et moi je t’étouffais avec mon amour trop grand, trop bruyant, trop présent. Alors tu es parti respirer ailleurs. On s’est dit au revoir sur le quai de la gare de Lyon, sans larmes, sans promesses. Juste un « prends soin de toi » qui sonnait faux.

Depuis, j’écris. Des lettres. Des centaines. Je les garde dans une boîte en fer sous mon lit. Je ne les poste jamais. Parce que je ne sais pas où tu vis. Parce que tu as changé de numéro. Parce que je préfère imaginer que tu les lirais un jour, plutôt que d’avoir la certitude que tu ne les lirais jamais.
Tu te souviens du jour où on a dormi sur la plage de Deauville ? Il pleuvait. On s’était disputés pour une connerie. Tu m’as prise dans tes bras quand même et tu m’as dit : « Même quand je te déteste, je t’aime encore plus. »
Je me le répète quand je n’arrive plus à dormir. Ça fait mal, mais c’est doux en même temps.
J’ai rencontré quelqu’un. Il est gentil. Il me fait rire. Il ne sait pas que je garde tes vieilles chaussettes dans mon tiroir à chaussettes. Il ne sait pas que je pleure parfois en pensant à toi quand il dort à côté de moi.
Je me déteste un peu. Mais je continue d’écrire. Parce que c’est toi que j’aime encore, même si je ne te le dirai jamais.
J’ai vu une photo de toi sur Instagram. Tu étais bronzé, tu souriais à côté d’une femme que je ne connais pas. Tu avais l’air heureux. J’ai zoomé sur tes yeux pour voir s’ils étaient tristes quand même. Je n’ai rien vu. J’ai pleuré toute la nuit.
Je suis contente que tu sois heureux. Vraiment. Mais je suis jalouse de la femme qui te fait sourire comme ça maintenant.
Aujourd’hui c’est la Saint-Valentin et je suis seule. J’ai bu une bouteille de rouge à moitié. Je me suis assise par terre dans la cuisine et j’ai relu toutes les lettres que je t’ai écrites.
Je me rends compte que je t’aime toujours autant. Peut-être même plus. Parce que l’amour qui dure sans contact, c’est le plus dur à porter, et pourtant je le porte encore.
Aujourd’hui c’est l’anniversaire de notre rencontre. Sept ans jour pour jour depuis que tu es parti.
Je viens de mettre toutes les lettres dans une grande enveloppe kraft. J’ai écrit ton prénom dessus, même si je ne sais plus où t’envoyer. Je vais la laisser sur le banc du square où on s’embrassait en cachette quand on était étudiants.
Si un jour tu passes par là, peut-être que tu la trouveras. Peut-être que tu l’ouvriras. Peut-être que tu comprendras que je n’ai jamais arrêté de t’aimer.
Et si tu ne la trouves pas… ce n’est pas grave. Je t’aurai aimé quand même. En silence. En secret. Jusqu’au bout.
Je ferme l’enveloppe. Je la cache sous mon manteau. Dehors il pleut.
Je marche jusqu’au square. Le banc est mouillé. Je pose l’enveloppe dessous, bien calée contre le bois pour qu’elle ne prenne pas trop l’eau.
Je reste là un moment, sous mon parapluie, à regarder la pluie tomber sur les lettres que je n’ai jamais osé t’envoyer.
Puis je rentre. Seule.
Mais le cœur un peu plus léger.
Parce que pour la première fois depuis sept ans, j’ai l’impression de t’avoir dit au revoir… sans vraiment te dire adieu.



