C’était un jeudi soir comme les autres. Ou du moins, c’est ce que je croyais.
J’étais sortie seule après le boulot, juste pour décompresser. Un verre de vin rouge, peut-être deux, dans ce petit bar à moitié caché derrière la gare. Lumière tamisée, musique jazz en fond, odeur de bois et de cigarette froide même si on ne fume plus dedans depuis longtemps.
J’étais au comptoir, téléphone posé devant moi, en train de scroller sans vraiment regarder, quand il s’est assis à deux tabourets de moi. Costume gris anthracite, cravate deserrée, barbe de trois jours, regard direct mais pas lourd. Il a commandé un vieux malt, sec, et il m’a regardée une seconde de trop.
J’ai souri. Juste un petit sourire poli. Il a répondu par un hochement de tête et un « soirée longue ? »
« Trop longue », j’ai répondu.
Et voilà, on a commencé à parler. Travail, conneries du boss, villes qu’on aime détester. Rien de profond, mais sa voix grave rentrait direct dans mon ventre. À un moment il a posé sa main sur le dossier de mon tabouret, pas sur moi, juste assez près pour que je sente la chaleur.
Le troisième verre est arrivé sans que je m’en rende vraiment compte.
Je vais bientôt rentrer… faut que je sois raisonnable.
Raisonnable c’est surfait. T’as l’air d’avoir besoin de quelque chose de moins raisonnable ce soir.
Et toi t’as l’air de savoir ce que j’ai besoin.
J’ai une assez bonne intuition.
Il a payé les verres sans demander. J’ai pas protesté. Quand on est sortis, l’air frais m’a réveillée deux secondes, puis sa main s’est posée au creux de mes reins pour me guider vers la ruelle à côté.
Il m’a poussée doucement contre le mur de briques, pas brutal, mais décidé. Sa bouche a trouvé la mienne d’un coup, goût de whisky et de désir brut. J’ai glissé mes mains sous sa veste, senti ses muscles se contracter. Il a relevé ma jupe d’un geste sec, ses doigts ont écarté ma culotte sans préambule.
« T’es déjà trempée… » il a murmuré contre mon cou.
J’ai gémi quand il a enfoncé deux doigts en moi, lentement au début, puis plus vite, le pouce qui tournait sur mon clito. Mes jambes tremblaient, je m’accrochais à ses épaules. Il m’a embrassée pour étouffer mes cris quand j’ai commencé à jouir, fort, le corps secoué contre le mur froid.

Il s’est reculé juste assez pour ouvrir sa braguette. Son sexe était dur, gonflé, prêt. Il a sorti un préservatif de sa poche intérieure – préparé, le salaud – l’a déroulé vite fait.
Il m’a soulevée d’un bras sous les fesses, mes jambes se sont enroulées autour de lui. Il m’a pénétrée d’un coup long et profond. J’ai mordu son épaule pour ne pas hurler. Il me baisait debout contre le mur, coups de reins puissants, réguliers, chaque fois plus loin.
« Dis-moi que t’aimes ça… » il grognait à mon oreille.
« J’aime… putain oui… continue… »
Il a accéléré, sa respiration devenait saccadée. J’ai senti qu’il approchait. Moi aussi. J’ai contracté mes muscles autour de lui, fort, et il a joui en grognant, enfoui jusqu’à la garde. La sensation chaude qui se répandait en moi à travers le latex m’a fait basculer une deuxième fois, plus doucement mais plus longuement.
Il m’a reposée doucement, m’a embrassée une dernière fois, lentement, presque tendrement.
« T’as un prénom au moins ? » j’ai demandé en remettant ma jupe en place.
Il a souri, un sourire de mec qui sait qu’il ne dira rien.
« Et toi ? »
J’ai ri. J’ai pas répondu.
On s’est séparés sans numéro, sans promesse. Juste un dernier regard dans la rue éclairée par les néons.
Je suis rentrée chez moi les cuisses encore tremblantes, le goût de son baiser sur les lèvres, et un sourire débile sur le visage.
Parfois, un inconnu dans un bar, c’est exactement ce qu’il te faut.



