Je m’appelle Camille. J’ai 27 ans et depuis que j’ai emménagé dans cet immeuble il y a huit mois, je n’arrive plus à dormir sans vérifier.
La fenêtre de ma chambre donne directement sur celle de l’appartement en face, à peine quinze mètres plus loin. Pas de vis-à-vis direct… sauf quand les deux rideaux sont ouverts en même temps. Et lui, il ne ferme presque jamais les siens après 23 h.
Au début c’était innocent. Je fumais une clope sur mon balcon, lumière éteinte, et je l’ai vu passer torse nu devant sa lampe. Puis la fois d’après il s’est assis sur son canapé en boxer, lumière tamisée, et il a commencé à se caresser lentement par-dessus le tissu. J’ai senti mon ventre se serrer d’un coup. Je suis restée figée, la cigarette brûlant jusqu’à mes doigts sans que je m’en rende compte.
Depuis ce soir-là, je guette.

Je ne me mets jamais devant la fenêtre avec la lumière allumée. Je reste dans le noir complet, assise sur mon lit ou parfois à même le sol, dos contre le mur, les genoux relevés. J’ai appris à reconnaître ses horaires. Il rentre souvent vers 22h20, pose son sac banane sur la table, enlève son t-shirt d’un seul geste, va dans la cuisine chercher une bière. Et puis… il s’installe.
Hier soir c’était particulièrement intense.
Il est rentré plus tôt que d’habitude. Lumière allumée, store toujours relevé. Il a mis de la musique — je ne l’entendais pas mais je voyais les basses faire vibrer la lampe sur sa table basse. Il s’est déshabillé complètement en dansant un peu, genre mec qui se fout de tout. Puis il s’est assis sur le bord du lit, jambes écartées, et il a commencé.
Il se branlait lentement au début, presque comme s’il se chauffait pour quelqu’un. À un moment il a attrapé son téléphone, a fait défiler quelque chose (probablement des photos ou une vidéo), et là son rythme a accéléré. J’ai vu ses abdos se contracter, sa tête partir en arrière, sa bouche s’ouvrir sans un son que je pouvais entendre.
Et moi, dans le noir, j’avais glissé ma main dans ma culotte depuis longtemps…



